Statut de l’artiste : Carte professionelle Césame ou Epée de Damoclès

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La carte professionnelle dans les métiers culturels et plus précisément en musique ne cesse de soulever le débat. Après les nombreux brouillons entamés par les différents ministres de la loi sur le statut de l’artiste et sur le débat de la nécessité d’avoir recours ou non a cette carte pour délimiter les avantages auquel a droit chaque type d’intervenant et suite au tour de table entamé par mr le ministre Mohamed Zinelabidine au mois de mars dernier et ou le débat était nourri entre les différents acteurs de la scène culturelle, voilà que le dernière annonce faite par le maestro Mohamed Lassoued a encore soulevé des émois.

Le chef de l’orchestre national tunisien a en effet annoncé que ses musiciens doivent justifier de leur statut de « professionnel » via cette carte pour pouvoir être rémunérés. En d’autres termes les musiciens qui ont suscité des ovations nourries tout au long de leur nombreuses représentations et qui de l’aveu des plus imminents artistes sont parmi les meilleurs dans le monde arabe ont encore besoin de montrer patte blanche pour aspirer à recevoir leur dû et ce plusieurs mois après leur prestation. C’est pour le moins paradoxal. c’est d’autant plus paradoxal que les trois orchestres nationaux (ONT OST et orchestre de l’opéra) sont des instances qui dépendent du ministère des affaires culturelles. (autre détail intéréssant, le maestro Mohamed Lassoued faisait lui même parti du comité de sélection qui décerne la dite carte professionelle)

Cet incident qui j’espère sera réglé montre à quel point la polémique autour de la carte est vive et la loi actuelle est inappropriée pour le domaine.

Je pense que la question de la carte professionnelle en elle-même est classique. Dans tout les métiers pour obtenir le droit d’exercer il faut avoir une preuve d’aptitude. Et pour valoriser le statut l’artiste et le distinguer, pour pouvoir se produire en public, la preuve de l’aptitude est une nécessité.

La question (qui dans le dernier projet de loi est reléguée aux divers corps de métiers culturels) est donc dans les mécanismes d’octroi de la carte. Or si les cheminements pour devenir musicien sont bien nombreux il y a au moins quelques cursus qui permettraient de régler la question sans avoir à passer par la commission actuelle qui pose tant de problèmes notamment du fait entre autres qu’elle ne se réunit qu’une seule fois par année.

Il y a mon sens deux cursus qui permettent de garantir l’aptitude des musiciens, c’est d’abord le diplôme national de musique et ensuite la licence en musicologie qui sont des étapes importantes et que réunissent une grande partie de musiciens. Octroyer systématiquement la carte aux diplômés est tout à fait normal et pratiqués dans d’autres disciplines architecture, médecine,…

Il permettrait au moins d’economiser une procédure supplémentaires à des aspirants qui n’ont plus rien à prouver au moins sur le coté strictement technique. et surtout qui sont amené à répondre rapidement à des offres d’emploi pour des festivals….

L’autre cas qui me semble aussi important à régler, celui des orchestres nationaux, il est en effet paradoxal que les compétences d’un musicien soient remis en cause par le ministère alors que c’est lui-même (via le chef en qui il a confiance) qui en a fait la sélection.

Sur un plan artistique si après avoir eu l’honneur de participer à l’orchestre le plus prisé par les musiciens de la scène le ministère se demande encore si la personne est apte à exercer il y a de quoi réfléchir

La commission, si on décide de retenir ce mécanisme, pourra se pencher sur les autres cas et notamment réfléchir aux nouvelles formes et styles musicaux émergents qui eux n’ont pas de parcours académique tracé ce qui permettrait de régulariser la situation de nombreux talents en mal de reconnaissance.