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Moulouk Al Tawaef : une solennelle leçon d’histoire

De l'ivresse miragineuse du pouvoir... De l'absolue nécessité de l'union...

Sommes-nous éternellement condamnés à répéter les mêmes erreurs où vanité et nombrilisme sont les fléaux des nations déchues ? L’amour du pouvoir sera-t-il toujours suprême à l’amour de la patrie ? L’éclat du moi, est-il inévitablement supérieur à l’espoir de l’unité ? Ce sont là les questions que soulèvent Moulouk Al Tawaef…

Lorsqu’on parle du théâtre musicale dans le monde arabe, une seule référence s’impose depuis plusieurs décennies : les Rahbani. Les membres de cette puissante dynastie où l’art et la création sont une seconde identité, ont offert à l’histoire de la musique des comédies musicales inoubliables dont on cite  Mawsem El Izz (1960), Hela Wal Malek (1967), Sa7 El Nawm (1971), Mays El Rym (1975) ….

Le chant s’allie à la poésie pour présenter des textes mémorables qui demeurent toujours d’actualité. Dans une apparente légèreté menée par des danses aux rythmes entrains, les personnages des Rahbani évoluent toujours dans les fils d’intrigues insoupçonnables, pris dans les rouages d’une fatalité qui s’affirme.

Moulouk Al Tawaef a été présentée au public pour la première fois en 2003. Aussi, 16 ans après, voici que le public tunisien découvre cette oeuvre captivante dans le cadre du Festival International de Carthage. Il s’agit d’un bijou artistique qui nous vient de l’école Rahbani. En effet, c’est une création de Mansour Rahbani, réalisée par Marwan Rahbani, et produite par Oussama, Ghadi et Marwan Rahbani. Quand les efforts créatifs des célèbres membres de ce clan convergent, on est certains d’être témoins d’une oeuvre massive. 

Le 15 juillet 2019, sur la scène du plus grand festival d’Afrique, Ghassen Saliba a repris le personnage de Ibn Abbad, le roi de Séville; et Hiba Tawaji celui d’Itimad Al Roumaykia, la belle fille du peuple devenue reine. Ensemble, ils ont joué un drame de l’amour, une comédie du pouvoir et de la trahison; une fresque épique de l’ascension et du déclin. 

Le premier acte commence avec une rencontre amoureuse : le roi est épris de cette pauvresse croisée lors d’une sortie de chasse, il en fait sa reine. Sa venue ébranle l’ordre du château. Elle est aussi intelligente que belle. Elle se veut amante, protectrice; mais aussi conseillère. Pour son roi, elle est la voix de la raison, le reflet d’une conscience qui le tourmente. Ses interventions ont le goût du présage, ses chants celui de la prémonition.

Le roi a ce rêve glorieux d’unir tous les royaumes d’Andalousie sous une seule bannière, la sienne; le premier ministre complote contre son roi, il mime son comportement, copie même ses habits; le voleur devient protecteur, les alliés se révèlent secrètement peu fiables et les allégeances s’effacent face au profit personnel. Ceux d’en-haut en veulent encore, toujours; ceux d’en-bas n’en peuvent plus… Le chaos s’installe !

Moulouk Al Tawaef est un rappel que l’histoire n’est qu’un perpétuel recommencement, un tourbillon d’événements qui se font écho à travers les siècles et les civilisations. Apprendrait-on des erreurs du passé ?

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