De la majesté du classicisme

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De la majesté du classicisme

 

Lorsque Hafedh  Makni a pris la direction de l’orchestre symphonique tunisien, ce grand monsieur a été attaqué de toutes parts pour sa politique avant-gardiste. On avait lancé , ça et là, des cris d’indignation quant au recrutement de jeunes musiciens dont la majorité étaient encore étudiants à l’institut de musique de Tunis. Or, finalement, qu’a-t-on reproché au maestro ? De croire en la jeunesse ? De lui donner une chance de prouver ses mérites ? Face à la bêtise et à la régression, Hafedh Makni a donné la plus belle des réponses : celle d’un succès qui se renouvelle à chaque représentation depuis 2013. Peut-on parler d’un concert de l’orchestre symphonique tunisien où les billets ne sont pas, chaque fois, « sold out » à peine quelques jours après l’annonce de la date ?  Cette réussite est avant tout celle d’un homme qui a compris que la richesse de ce pays était sa jeunesse; que l’assiduité, l’engagement sans faille et le travail acharné finissent toujours par payer.

Hier soir, a eu lieu le second concert dédié à Mozart pour la saison 2017- 2018. Parce que l’orchestre symphonique tunisien aime ses fans et adore les surprendre (et c’était bien le cas à double dose ! ), ce fut une soirée exceptionnelle en tous points. Ceux qui n’avaient pas assisté au concert du 10 février au théâtre municipal de Tunis, ont retrouvé un programme dédié au génie de Vienne dans la salle du 4ème Art. Dans une synchronisation qui relèverait de l’enchantement, tous les musiciens ne faisaient plus qu’un seul corps qui respirait chaque note, chaque accord. Les larmes des violons faisaient écho au grondement des contrebasses, et au doux son des flûtes, se dessinait le tableau exquis de l’éternité de la musique.

La salle du 4ème art a vibré au son de la voix majestueuse de la mezzo-soprano Amira Dakhlia qui accompagne l’orchestre depuis des années. Elle a chanté deux extraits de l’une des plus célèbres compositions de Mozart, Les Noces de Figaro. Aussi, la jeune Soprano Yosra Abid, qui a d’ailleurs fait son début sur scène avec l’orchestre symphonique tunisien en janvier 2018, est un talent qui fera parler de lui dans les années à venir. Le pianiste Mehdi Trabelsi a été présent également, comme lors de la soirée du 10 février. En le regardant, on ne pouvait pas avoir le moindre doute quant à l’absolue divinité de cet instant. Le musicien et son piano s’unissaient dans une fusion rare. Au-delà de ses doigts partis à la conquête du clavier: tout son être jouait, respirait la musique, et l’embrassait de toute son âme. L’expression de son visage, l’intensité de son regard, invitaient le spectateur à partager cet état de transe dans lequel il était. Ce fut un honneur absolu de le voir sur scène, non pas une fois mais deux et j’espère qu’il donnera rendez-vous aux mélomanes dans d’autres concerts solos, ou en accompagnant l’orchestre symphonique tunisien.

Qu’aurait pensé Mozart de savoir qu’on a joué sa musique avec un rythme tunisien ? Le mélange insolite de la darbouka tunisienne et de la musique classique a laissé les spectateurs sans voix. Le jeune Malek Bahri, brillant étudiant en littérature, a laissé son violon, le moment de montrer à une audience stupéfaite, ses talents de percussionniste sur les nuits de Mozart à Tunis, une composition de Mohamed Makni. Or, comme une bonne nouvelle en prépare une autre, la clôture du spectacle a marqué un coup de maître. Voilà que les projecteurs se fixent sur le fond de la salle qui était dans le noir toute la soirée, et là : avant que l’on ne réalise même se qui se passe, le choeur de l’orchestre symphonique se met a chanté ! Pas encore remise de la surprise de voir de la darbuka au milieu de tous ces violons, cellos et contrebasses; me voilà prise au dépourvue – comme tous les autres spectateurs- par un tel coup de génie. Ce fut une nuit qu’on aurait vécu, dans la salle de bal d’un château viennois, au milieu de toute la splendeur et du faste, qui ont marqué cette époque lointaine.

 

By | 2018-02-21T15:26:06+00:00 février 21st, 2018|A la une, Reportages|0 Comments

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