MusicologieReportages

Critique musicale et presse spécialisée en Tunisie

Quelle place de la critique musicale en l'absence d'une presse spécialisée ?

Colloque qui s’est tenu le 10 Février 2017 à l’Institut Supérieur de Musique de Tunis, colloque coordonné par Dr Aicha Kalleli et organisé et par le centre de recherche sur la culture les nouvelles technologies, l’institut supérieur de Musique de Tunis et le Centre National de Presse Musicologique.

L’institut supérieur de musique de Tunis a accueilli le Vendredi 10 février 2017 un colloque organisé par Dr Aicha Kalleli sur le thème de la critique musicale en Tunisie. Ce colloque scientifique regroupait des doctorants et des enseignants qui se spécialisent en cette matière et qui venaient de divers horizons, de musicologie mais aussi des sciences de l’information ou encore de l’institut supérieur de Multimédia et même de l’institut des beaux-arts. Les interventions se regrouperaient autour en 2 catégories

D’une part, définir la notion de critique musicale notamment pour distinguer la critique de la simple description des faits, l’importance de l’expression de l’opinion et de l’évaluation dans la critique musicale ainsi que les prérequis pour une bonne critique musicale (Rostom Essafi) et d’autre part déterminer s’il s’agit plutôt du ressort des musiciens ou plutôt celui des journalistes. (Souhail Boulila) Dr Salwa Ben Hfaiedh s’est interrogée sur la rareté des critiques musicaux dans la presse tunisienne et du rôle de l’écran dans la création d’une nouvelle identité de l’auditeur. Abdelaziz ait Abdelkader quant à lui s’est intéressé à la critique de la musique du film pour s’avoir s’il s’agit du ressort du cinéaste pour plutôt du musicologue.

D’autre part, d’autres interventions se sont attelés à évaluer à travers des exemples concernant la critique musicale dans la presse tunisienne ainsi Safia Azzouz s’est appliquée à étudier les articles de la rubrique musicale du journal Achourouk et a fait des propositions pour sortir de la crise de la critique musicale en Tunisie, Zeineb Haddaji a étudié ceux du supplément magazine du journal Lapresse en particulier les travaux de Khaled Tbourbi et a déploré la baisse de l’espace alloué à la critique musicale au fil du temps. Amal Rekik quant à elle ne s’est pas intéressé à un support particulier mais plutôt à un évènement, le festival international de Carthage, et à son traitement à travers les divers médias en Tunisie. Bacem Affes pour sa part s’est attaché à comparer les visions d’un spécialiste (musicologue) et d’un non spécialiste (journaliste) recueillis sur leurs sites internet pour l’évaluation 2 chansons parus en 2016 ana mouaten (Lotfi Bouchnak) et Nachid li abtal Tounes (Rabi  Zammouli) pour arriver à la conclusion que même pour un initié, l’écriture pour un public large impose un certain allègement du contenu. Imed Ghedamsi s’est quant à lui intéressé à l’émission 360° et à la critique des nouvelles tendances de la musique tunisienne. Dhia Eddine Ben youssef s’est concentré sur la critique musicale du CD.

L’intervention d’Asma Abbassi (lue par Dr Leila Berrhouma) quant à elle s’est intéressée aux enjeux entourant la critique musicale, en effet cette activité n’est pas sans répercussion, et sur la scène musicale dans le pays, mais aussi sur la carrière de celui qui critique et celle de celui qui est critiqué

Elle s’interroge par ailleurs sur la pertinence du critique d’art dans un monde ou l’accès à l’information devient dématérialisé et de plus en plus aisé, son rôle classique « d’aide à un choix éclairé » pourrait perdre son sens à une aire ou la consommation de la culture se fait à travers Youtube, Facebook…

L’échange avec l’auditoire était riche, certains participants ont conforté les conclusions des chercheurs sur la rareté des critiques musicales fondées dans la presse tunisienne, d’autres, notamment si Rachid Sellami, ont apporté quelques précisions quant aux faits rapportés par les intervenants, d’autres participants ont surtout souligné le manque de formation prévu pour cette activité qu’est la critique musicale et ce, aussi bien du côté de la formation des journalistes que celui de la musicologues. Ils ont proposé soit des matières à inclure dans les cursus académiques ou tout du moins des séminaires ponctuels pour compléter la formation.

La critique musicale est si importante pour le dynamisme de la vie culturelle en Tunisie mais aussi parce qu’une critique musicale fondée permet de vulgariser la musique auprès de la population en général. Dr Samir Becha, dans l’allocution qu’il nous a accordé a pointé du doigt le problème du récepteur en effet la critique musicale n’a de sens que si les lecteurs sont capables d’apprécier ce contenu. La question est donc de trouver le bon équilibre entre le contenu étoffé technique et celui abordable par un lecteur/auditeur « ordinaire ». Notons à ce sujet que la prolifération des conservatoires et autres vecteurs d’apprentissage de la musique ont créé de nos jours une génération qui, sans être aussi portée sur les problématiques académiques que les chercheurs en musicologie, a tout de même soif d’une information enrichie d’aspects qui permettent de mieux comprendre la musique et ses finesses.

« Avec l’évolution grandissante des méthodes de consultation musicale des conditions d’écoute et d’accès de plus en plus virtuel au contenu musical, le journaliste musical est il encore un faiseur d’opinions ? »

Dr Asma Abbassi

Pour ce qui est de la question si fondamentale de l’avenir de la critique d’art dans un milieu de plus en plus dominé par les médias électroniques et ou l’auditeur a un contact direct avec la matière musicale, nous pensons justement que dans ce foisonnement, le critique d’art joue le rôle de repère car il a justement un recul que ne permet plus cette abondance d’information, prenez par exemple le nombre astronomique de reprises de certains standards de la musique, une critique éclairée qui connait à la fois les œuvres originales, les nouvelles tendances permet justement de s’y retrouver.

Par ailleurs, et concernant l’ajout d’un enseignement de la musique dans la formation des journalistes nous pensons que ceci est important pour former des journalistes possédant un minimum de bagage musical, notons cependant que les cours de conservatoires sont d’ores et déjà disponibles et que le problème de la disponibilité de la formation est certes important mais c’est aussi du côté de la disponibilité des journaux à reconnaître le journalisme musical éclairé comme un aspect important de la vie de leurs titre qu’il faut travailler. Par ailleurs, quelle que soit la formation musicale prodiguée elle ne pourra certainement pas suppléer à un intérêt personnel et à une passion pour un style ou une école musicale particulière qui donne la connaissance approfondie qui permet de critiquer car c’est qui au-delà des aspects techniques qui font ce que c’est qu’un critique.

Rappelons pour finir que c’est justement pour pallier à cette absence de presse spécialisée que Musicien.tn a vu le jour et qu’il est là justement pour offrir un espace de rencontre pour les musiciens de tous bords afin qu’ils puissent échanger d’une part mais aussi pour proposer leur lectures des différents événements musicaux et la partager avec le plus grand nombre

La couverture et les interviews

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