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La danse du violon : un concert d’anthologie


La Danse du violon est probablement un spectacle qui rentrera dans les annales de la musique en Tunisie et dans le monde oriental en général. En effet un rêve que poursuit tout bon mélomane, celui de voir autant de sommités réunies sur une même scène et autant de styles de jeu se cotoyer, vient enfin de se réaliser

Ce spectacle est donc exceptionnel à plus d’un titre, d’abord par son affiche. il a réuni 4 grands virtuoses de très grand calibre, D’abord Abdou Dagher, qui du haut de ses 80 ans passés et dont la plupart passé dans l’amour de de la musique, il est passé de jeune apprenti luthier ou il réparait les instruments des prestigieux invités du Khidioui au grand interprète et compositeur dont les oeuvres sont enseignées dans les plus grandes classes de musique et de musicologie dans le monde, il est non moins le fondateur de « la troupe de musique arabe » qui a été et reste le fleuron de la scène musicale égyptienne.

A ses cotés on retrouve notre immense Bechir Selmi, qui a été pendant longtemps premier violon puis directeur de la troupe de la radio tunisienne, qui a accompagné toutes les stars tunisiennes de Oulaya à Anouar Brahem.

L’autre berceau de la musique orientale la Turquie était représentée par un autre virtuose Nedim Nabantoglou, qui maîtrise à la fois le répertoire classique turque que les dernières techniques les plus actuelles du violon moderne.

Le deuxième virtuose tunisien de la soirée est un enfant prodige (ou enfant de la terre dans le titre de son dernier single Son of Ground) de l’instrument qui a d’abord œuvré dans les plus grands orchestres du pays puis, avec son frères Bechir ont choisi une carrière en duo

Réunir autant de talents et de styles différents de ce bel instrument était donc loin d’être aisé, mais l’exploit ne s’arrête pas là, en effet le programme était composé uniquement de pièces instrumentales, et il s’agit de pièces composées en tant que tel, ce ne sont donc pas des interprétations instrumentales de pièces chantées comme il est de coutume de faire dans certains cas. La place d’honneur était donc à ce qui d’habitude ne servait que de prélude pour des concerts de chants. Pouvoir captiver le public avec un tel programme, avec des oeuvres pour la plupart inconnues même de beaucoup de mélomanes, était un autre défi et non des moindre, il fallait donc parier d’abord sur la virtuosité des solistes qui ont alterné avec pièces instrument avec improvisations ou ils ont exprimé toute leur magie. le moins que nous puissions dire est que le challenge est relevé haut la main puisque le public a été tenu en halène tout au long de ces 2h30 ou il est passé du style melancolique de si Bechir Selmi, à celui plus endiablé de Nedim Nebantoglu puis à la saveur plus tarabienne de Abdou Dagher dont les passages de modes (maqams) lors des improvisations ainsi que les compositions sont des masterpieces du répertoire oriental, pour finir avec le jeune Grand Mohamed Gharbi, dont la virtuosité du jeu, et son ouverture sur les tendances internationales nous fait voyager dans plein de contrées et marie a merveille le « henk » tunisien aux sons les plus internationaux. Mohamed Gharbi n’a pas séduit que le public émerveillé devant son immense talent, le grand maître Abdou Dagher n’a lui aussi pas manqué d’éloges envers le jeune prodige, En effet et après un bel échange qu’ils ont eu dans les loges (dont vous voyez quelques images au début de la vidéo et pour lequel nous consacrerons une vidéo dédiée tant le moment est émouvant) a été séduit par notre futur star, au moment de clôturer la soirée par une improvisation collective autour du thème de Ki Ydhik de notre regretté Sadok Thraya, Abdou Dagher a cédé son tour en annonçant, « si vous voulez avoir un Abdou Dagher, vous l’avez déjà dans Mohamed Gharbi », une si belle reconnaissance et un si beau passage de témoin à cette jeune génération de la part de l’un des derniers représentants de l’âge d’or de la musique arabe.

Le compte rendu serait incomplet sans parler de l’immense prestation de l’Orchestre National Tunisien, en effet la aussi le défi était grand, préparer un programme aussi riche, varié, en seulement 4 jours relevait du miracle, mais le miracle n’est pas tunisien, surtout pas avec une famille aussi soudée que ce qu’est devenue l’orchestre national tunisien. Rappelons que contrairement aux pièces chantées ou l’attention se concentre surtout sur le chanteur, dans les pièces instrumentales ce sont les instrumentistes qui portent toute l’oeuvre, c’est de leur justesse et de leur synchronisation que dépend toute la beauté et le rendu des pièces. Les nuits étaient donc courtes pour l’ensemble des instrumentistes qui étaient partagés entre d’une part la difficulté des pièces et le poids de la responsabilité mais aussi l’émerveillement de vivre des moments aussi uniques aux cotés d’idoles que chacun admirait. Les répétitions étaient donc des occasions uniques d’échanges, de complicité. Les salles de répétitions de la cité était le théâtre de nombreuses réunions ou les différentes sections se réunissaient pour travailler des passages particuliers, tout cela conduit de main de maître par le grand Mohamed Lassoued que nous n’avons probablement jamais vu aussi tendu qui était à la fois rigoureux mais aussi ouvert aux suggestion de ses moussaillons quant aux nuances et aux phrasés des différents passages.

C’est donc tout naturellement que le fruit de cet effort s’est vu lors de la représentation devant un public émerveillé par la qualité de l’interprétation et par la fluidité des passages, y compris les plus délicats tel que le sirtou turque ou les glissandi à consonance indienne de Mohamed Gharbi que les cordes de l’orchestre ont interprété tel un seul Homme. Cette interprétation, ainsi que les improvisations de Hsin Ben Miloud, Slim Jazir, Skander Ben Abid ainsi que des deux luthistes invités Bechir Gharbi et Aly Essayed, qui a accompagné Abdou Dagher (et a été d’une grande aide lors des répétitions) ont valu à l’ensemble de belles salves d’applaudissements nourris, mais aussi une autre reconnaissance du maître Abdou Dagher, qui disait sur scène et insistait lors de notre interview, « c’est le meilleur orchestre qui a joué mes oeuvres » rien que cela.

Défi donc merveilleusement relevé et une soirée qui restera dans les mémoires de tous les mélomanes de Tunisie et d’ailleurs, une soirée qui à notre sens ouvre une nouvelle aire, une aire ou la musique orientale se rapproche encore plus de la « grande musique » ou l’instrument occupe une place centrale et n’est plus accessoires du chant. Aurions-nous un jour des Karajan, des André Rieu, des Menhuine, des Paganini,.. Tunisiens.

La Turquie du temps des ottomans avait fait un premier pas pour marier l’héritage oriental mélodieux à la rigueur occidentale, puis ce fut l’Egypte, serait ce le tour de la Tunisie de tenir le flambeau ? Tous les hôtes de la Tunisie insistent sur la qualité de notre public dans les festivals les « sammi3a » selon nos amis égyptiens, aujourd’hui c’est au tour de nos jeunes talents de recevoir les hommages si bien mérités, serait ce une nouvelle ère, ce qui est certain c’est que désormais l’espoir est permis.

L’album photo

By |2018-10-27T00:49:40+00:00octobre 26th, 2018|A la cité de la culture, A la une, Reportages|0 Comments

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