A la cité de la cultureSpecial

A quand une culture de l’opéra en Tunisie ?

Hier soir, j’avais eu la chance d’assister au spectacle fêtant l’inauguration de la cité de la culture à Tunis. Prenons une minute pour nous féliciter de cet acquis révolutionnaire ! La Tunisie a ENFIN sa cité de la culture. Face à toutes les batailles que notre cher pays doit mener, à toutes ces crises qui lacèrent sa sainteté, on espère qu’investir dans la culture sera la réponse. Pour sauver une nation, il est irrévocablement urgent de sauver son héritage culturel et son patrimoine artistique de la dégringolade et de l’oubli.

Soyons fiers de cette réalisation qui fera de la Tunisie une adresse phare pour la culture non seulement en Afrique, mais à une échelle planétaire. Répétons-le encore et encore : Nous avons une cité de la Culture ! Une cité dédiée à l’art sous toutes ses formes. Une cité qui offre un espace d’échange et d’enrichissement mutuel pour les jeunes artistes et les grands noms de la scène culturelle tunisienne et mondiale. Ce lieu sera certes un temple qui fera honneur au cinéma, au théâtre, à la musique, à la sculpture… Un lieu divin où les créateurs auront à leur disposition tous les moyens nécessaires pour donner naissance à la forme ultime de la divinité : l’art.

Curieuse de découvrir ce monument dont chaque détail est un présage d’un avenir si lumineux qu’on en a le regard ébloui, je pénètre dans la cour où l’on ne peut qu’être immensément impressionné par la grandeur de cette vision. C’est un espace où règne une atmosphère chaleureuse, conviviale et apaisante. Avec une dominance du blanc, couleur de paix et d’harmonie, et du vert, qui n’est pas sans rappeler notre beau pays, ses terres et ses montagnes; on remarque le travail méticuleux accompli par l’équipe d’architectes qui a tout donné pour que la cité de la culture soit un bijou architectural sur tous les plans.

Présentant quelques extraits de Carmen, ainsi que d’autres morceaux légendaires d’opéra, et ayant l’honorable présence de Lotfi Bochnek pour clore la soirée en beauté avec deux titres dédiés à la patrie; ce fut un rêve dont on n’aurait pas voulu se défaire. L’orchestre de l’opéra de Tunis, ainsi que l’orchestre de la radio ukrainienne; accompagnés d’un choeur réunissant des talents des deux pays, ont joué une musique des âmes. Cette collaboration s’est faite sous la direction de Rchid Koubaa et de l’éminent Volodymyr Sheiko et on espère que cela se reproduira encore et encore, à une infinité qui ne prendrait jamais fin.

Arrivant plus tôt que prévu, le hasard faisant bien les choses, un monsieur me tend la main. J’ignorais à cet instant que quelques minutes plus tard, il allait enivrer l’air d’une voix titanesque. Amadi Lagha. L’incomparable, le divin, le sublime Amadi Lagha. Son interprétation de Nessum Dorma, extrait de Turandot de Puccini était telle qu’en ai perd mes mots. Glissant encore une fois dans la peau de Calaf, personnage qu’il a interprété plusieurs fois sur les plus grandes scènes du monde, il offrit à une audience subjuguée un moment inoubliable. Nous sommes fiers de ce géant tunisien qui ne cesse de porter le nom de son pays partout où qu’il aille.

Emira Dakhlia est une note suprême tombée de la lyre des anges. On devrait remercier les cieux pour son existence et faire du jour de sa naissance une fête nationale. C’est toujours un plaisir absolu de la voir sur scène. A-t-on jamais vu une si belle Carmen ? Avec sa robe d’un rouge qui traduisait parfaitement toute la passion du personnage mythique, ses expressions, son regard, ses mouvements… On était bien face à une réincarnation de la Carmen de Bizet. Aussi, j’ai eu la chance de voir pour la première fois Haithem Hdhiri sur scène. On ne pourrait pas se méprendre quant à la vocation de ce grand monsieur. Sa coiffure, son sourire, sa cape: chaque détail de son apparence nous renvoie à la noblesse de l’opéra et l’on n’est pas sans remarquer une certaine ressemblance avec le plus grand des tenors de tous temps : Pavarotti. Interprétant 3 solos ainsi qu’un duo avec Emira Dakhlia, l’aisance déconcertante dont il a fait preuve, a démontré qu’il était né pour briller sur scène.

Pourtant, on ne cacherait pas une légère déception par rapport à certains bémols qui pourraient poser problème à l’avenir. En effet, pour une salle principalement destinée à des représentations d’opéra, on  remarque que la scène est trop petite. Il n’y a pas d’aménagement nécessaire pour qu’à l’avenir on puisse jouer un opéra dans les normes. Où va-t-on installer les décors et faire la mise en scène exigée une production d’un calibre internationale, s’il n’y a pas d’enceinte spécifique pour les musiciens en bas de la scène ?

De même, nos trois solistes tunisiens évoluent depuis des années à l’étranger et ont la reconnaissance et le respect qu’ils méritent; alors que, malheureusement, leurs noms demeurent assez peu connus par le public tunisien qui n’est pas encore tout à fait initié à la culture de l’opéra. D’où, la question qui se pose est : à quand une culture de l’opéra en Tunisie ? Quand est-ce qu’on va arrêter de propulser la médiocrité sur le devant de la scène alors que nos talents n’ont pas l’encadrement nécessaire dans leur patrie ?

Publié par Musicien.tn sur jeudi 22 mars 2018

Saber

Multi-instrumentiste et créateur du site musicien.tn

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