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Mozart and Friends : quand Vienne s’invite à Tunis

Décidément, et ce n’est certes pas pour nous déplaire, ce Mozart ne veut plus nous quitter! Aurait-il préféré le makroud tunisien aux viennoiseries et abandonné sa redingote pour une jebba bien confortable ? Il faut dire qu’il se plait tellement sur les scènes de Tunis qu’il a décidé d’y élire domicile le temps d’un troisième concert ! Ne sommes-nous pas un public extrêmement chanceux d’avoir l’occasion de découvrir – ou de redécouvrir- une sélection des œuvres les plus marquantes de l’immense répertoire mozartien ? L’orchestre symphonique tunisien est une grande famille riche de ses membres, de son chœur, mais surtout de ses fidèles. Chacun de leurs concerts et un partage aux dimensions galactiques, une communion entre une audience qui a soif de pureté musicale et un ensemble d’artistes soudés qui travaillent inlassablement pour offrir le meilleur d’eux-mêmes.

L’orchestre symphonique tunisien est aussi une histoire d’amour dont les pages s’écrivent continuellement entre les murs du théâtre municipal de Tunis qui s’inclinent à chaque représentation face à la puissance d’Emira Dakhlia. Y-a-t-il un mot pour rendre justice à l’envoûtement, à l’aura céleste de cette déesse ? Est-ce l’âme de Maria Callas qui s’est réincarnée sous ses traits ? Je n’ai qu’un seul mot à dire : chantez, encore et toujours. Chantez pour combler la laideur de ce monde et modifier les traits de sa réalité; pour que cette voix angélique domine les cœurs et les esprits. Chantez pour alléger les âmes et donner à la majesté toutes ses dimensions.

Comptez sur l’orchestre symphonique tunisien pour que le génie de Vienne soit honoré dans le faste et les pompes qui lui sont dus. Comptez sur ces individus hors du commun, sur ce concentré de talent, de génie, de divinité pour vous faire vivre un voyage des sens. Nous sommes là, à écouter ces musiciens raconter l’histoire d’une passion sur les cordes de leurs instruments, jalousement, fièrement tenus pour faire don , à une audience subjuguée, de doses infinies d’émerveillement. Un émerveillement fait de l’atemporalité de la musique.  Comptez sur Hafedh Makni pour diriger ses soldats d’une main de fer mais aussi pour surprendre son public d’une manière digne d’un Trantino. Au 4ème art, il avait fait apparaître le chœur du fond de la salle, et cette fois, il était là, derrière un rideau à attendre le signal pour chanter “Bella vita Militar” suivi de la final de l’Enlèvement au Sérail. Autre point commun avec le concert du 20 février, fut “les nuits de Mozart à Tunis”, une composition de Mohamed Makni où encore une fois, Malek Bahri armé de sa darbuka et Neji Fellah au doff, ont apporté un vent d’orientalisme au classicisme viennois.

Après les dates du 23 janvier et du 20 février, le public a été choyé par Hafedh Makni et s’est vu offrir une autre date pour écouter du Mozart ! Cette fois, il n’est pas venu seul: voici qu’il s’entoure d’amis. “Mozart and Friends” a été une fabuleuse soirée consacrée à célébrer l’héritage de Mozart avec une programmation qui a inclus également ceux qu’il a influencé ou coutoyé de son temps. En effet, cette fois, il y avait au programme du Reichardt avec sa “Sinfonia en Si bémol Majeur” , Gluck avec le “Che Faro Senza Euridice” , ou encore le “Concerto en Ré Majeur pour Piano” grâce auquel le jeune Aziz Jomni a fêté ses débuts sur scène.

Aziz, adorable Aziz! Ce petit géant qui sort des bras de l’enfance ! Avec son sourire timide et ses yeux scintillants, on serait resté perplexe jusqu’à commettre la bêtise de douter de ses prouesses. Titanesque erreur ! Il fit son entrée en scène, portant son smoking de grandes personnes et salua maladroitement son public avant de s’asseoir à son piano, ce cher ami. A cet instant-là, ces centaines de personnes avaient disparu et je ne sentais que la présence d’un immense amour maternel. Cette maman si fière de son enfant qui domine la scène, du haut de ses 14 étés, était devenue son unique public, le seul qui importait véritablement.

L’enfant terrible du piano se glissa sans efforts dans la peau de Haydn à l’instant où ses doigts effleurèrent les touches du piano. Où avait disparu ce jeune adolescent qui, quelques minutes plus tôt semblait intimidé par les quelques centaines personnes présentes au théâtre ce jour-là ? On voyait un pianiste assuré, qui maîtrisait sa partition au plus haut point. Aziz Jomni est un jeune artiste qui a certainement un long chemin à parcourir, qui le mènera assurément sur les plus grandes scènes du monde. Élève de Roberte Mamou et de Mehdi Trabelsi, il a fait la fierté de ses maîtres hier soir au théâtre municipal de Carthage.

Le prochain rendez-vous sera le samedi 24 mars où l’orchestre symphonique tunisien présentera un programme consacré à la musique russe: Soyez au rendez-vous ! Musicien.tn y sera certainement parce que nous sommes partout où la musique se joue.

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