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La loi sur le statut de l’artiste : retour à la case débats

Le jeudi 4/6/2020 s’est tenue une nouvelle consultation pour débattre de la loi sur le statut de l’artiste. Par ailleurs, la nouvelle ministre de la culture, Mme Chiraz Laatiri a ordonné de retirer le texte soumis pour vote à l’ARP afin qu’il soit réétudié.

Une réflexion collective s’impose !

L’assistance était nourrie, de mémoire de quelques artistes interrogés ce fut l’une des plus courues : Les allées de la cité de la culture ont vu passer plusieurs des plus grandes personnalités du monde des arts.

Dans la musique nous avons aussi bien vu les artistes des divers courants mais aussi les responsables syndicaux ou encore les producteurs de spectacles.

Il est à noter que plusieurs questions restent entières quant au cheminement de ce texte puisque la version examinée date de l’année 2017 alors que nous avons dans ces colonnes couvert les débats qu’a eu la profession en Mars 2018 (1et 2) à propos de cette même loi.

De même, il est a rappelé que ce projet est issu d’une série de consultations qui ont eu lieu en 2015 ayant réuni diverses composantes de la société civile ainsi que des représentants du secteur.

La journée s’est déroulée sous forme d’ateliers, dont on cite l’atelier des contrats artistiques, l’atelier des métiers liés aux arts dramatiques, l’atelier de la chorégraphie et de la danse et l’atelier de musique, celui sur lequel nous nous sommes penchés pour élaborer cette couverture.

L’atelier de la musique et des métiers annexes : une discussion mouvementée

c’est justement celui qui était probablement l’un des plus animés étant donné que les divergences entre les diverses conceptions du métier d’artiste sont nombreuses.

Les séances ont passé en revue les divers articles du projet de loi qui traitent d’une définition de l’artiste mais aussi de la production artistique, tout en s’attardant sur les conditions d’attribution et d’obtention de la carte professionnelle, la question de la sécurité sociale et du système de retraite, ainsi que le volet de l’événementiel et de l’intermittence de spectacles…

La séance dirigée par les artistes Adel Bondka et Oussama Farhat a permis de montrer que l’essentiel des présents tenaient à garder le principe de la carte professionnelle qui permet selon eux de reconnaître à l’artiste un statut dans la société.

Toutefois, les divergences venaient surtout des mécanismes d’attribution : garder le principe du “grand oral” avec tous les inconvénients mais aussi la solennité qu’il procure ou adopter des méthodes plus souples telles que les passages sur dossier ou il suffirait d’avoir un diplôme ou un nombre de spectacles prédéfini pour avoir le précieux sésame.

L’autre point crucial est la création, voire le renforcement, d’un système social propre aux artistes qui soit géré par la profession et non par l’Etat à l’instar des avocats. Il y a un accord sur certains mécanismes prévus par la Loi tels que l’imposition d’un timbre fiscal sur les contrats d’artistes, les demandes de subventions ou autres formalités.

“On ne peut pas définir l’artiste”

Selon Imed Alibi, musicien et producteur tunisien (directeur de l’édition actuelle du Festival International de Carthage reportée pour 2021, mais qui s’est exprimé en sa qualité d’artiste), il est dérisoire de vouloir définir l’artiste et de restreindre la notion fluctuante de créativité. 

Il évoque l’exemple de grands noms de la musique internationale comme les Beatles qui ne sont pas passés par un cursus académique et qui n’ont pas appris la musique à la manière « traditionnelle ». 

Dans cette perspective, Il affirme que des problématiques plus urgentes doivent être mises sur le devant de la scène : la réglementation efficace du volet évènementiel, les droits de l’auteur, la couverture sociale… Tout en veillant à créer un environnement inclusif qui prenne en compte les nouveaux challenges du domaine. 

On mentionnera également l’intervention de Adel Ben Amor, en sa qualité de secrétaire adjoint de l’Union des artistes professionnels de Sfax. Il s’est exprimé sur le nouveau texte de loi qui sera présenté à l’ARP en suggérant que certains passages devraient plutôt être enlevés. 

Au sujet de la loi de 69 qui traite des conditions de l’obtention et de l’attribution de la carte professionnelle, il ne voit pas d’inconvénients quant au fait de continuer à avoir comme référence ce même texte puisqu’il a offert beaucoup d’avantages à l’artiste. 

La culture post-corona : dénoncer les failles du système

Cette semaine, la Tunisie a célébré sa victoire contre la pandémie du covid-19. Cette expérience, aussi pénible qu’elle fut, a eu le mérite de nous rappeler l’urgence de remédier à des maux qui sont plus que jamais d’actualité.

En effet, la fragilité et l’instabilité qui marquent la condition de l’artiste tunisien ont prouvé qu’il est temps de se focaliser concrètement sur un projet de loi lui garantissant un statut digne dans le respect de ses droits.

On citera que, durant le confinement, des centaines de musiciens, techniciens et spécialistes de différentes filières artistiques, s’étaient retrouvés sans revenus. Ils ont traversé des moments précaires étant dans l’incapacité totale de subvenir à leurs besoins basiques et de soutenir leurs famille.

Il est bien triste de constater que certains artistes furent même obligés de vendre leur matériel technique et leurs instruments pour survivre.

Rappelons que le Ministère des Affaires Culturelles avait ordonné la distribution d’aides circonstancielles étant donné la situation exceptionnelle que nous étions entrain de vivre.

Toutefois, la distribution de ces aides, la liste des recipiendaires a donné lieu a une grande polémique.

Cet incident nous renvoie sans cesse au coeur de la polémique : qu’est-ce un artiste ? Aussi, devrait-on considérer comme artiste uniquement toute personne qui détient une carte professionnelle quitte à exclure des dizaines de talents exerçant d’autres professions en parallèle à la pratique de la musique ?

Enfin, les modérateurs ont indiqué que cet atelier n’est que le début d’une longue série de consultations…

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