A la uneHistoire de la musique

Le Malouf : entre tradition et héritage

Le Malouf est une musique qui nous vient d’Andalousie. D’un phénomène populaire restreint, c’est devenu une page glorieuse de l’histoire musicale de la Tunisie. C’est aussi un genre qui a contribué à structurer et à faire progresser les études musicologiques.

Structure… 

Le Malouf se base sur une qasidah, un genre de poésie arabe classique qui se décline en différentes formes, incluant le muwashah ou encore le zajal. L’élément structurel du Malouf est la nouba. Il s’agit d’une suite en deux parties, basées sur un maqam commun, qui dure généralement une heure. 

La nouba a été introduite en Afrique du Nord avec la migration des musulmans d’Espagne entre le XIIIème et le XIVème siècle. Elle se divise en différentes sections.

On a tout d’abord le volet instrumental avec le Isstifta7 et le Msader. Par la suite, on trouve le Attouq et le Silsla qui introduisent le texte poétique. Aussi, les segments chantés commencent avec le Btaihia, qui sont composés dans le même mode que la nouba interprétée; sur un rythme puissant qu’on appelle Btaihi. Pour clôturer la nouba, on a successivement Al Barawil, Al Khfeef et Al Akhtam.  

Il est intéressant d’évoquer la légende selon laquelle des noubas particulières à chaque jour de la semaine et à chaque occasion festive, auraient existé. Bien que l’on n’en garde désormais que 13, il y a une nostalgie qui demeure par rapport à ce temps où on aurait espéré qu’un travail de préservation plus méticuleux se fasse. 

Racines… 

Les racines du Malouf remontent à l’époque du musicien Ziryab, à Baghdad. Il fut chassé de la cité durant l’année 830 et voyagea vers l’ouest, élisant domicile à Kairouan, qui fut la toute première cité reflétant la puissance musulmane en Afrique du Nord.

Ce joyau de la culture maghrébine, capitale de la dynastie Aghlabite, a été le point de départ d’un long périple qui a mené Ziryab à Cordoba où il devint un musicien de la cour. Il s’inspira des influences musicales locales, maghrébines, et orientales pour former un style andalou distinct. 

On remontera alors au début du XIIIème siècle, où les musulmans devaient fuir la persécution chrétienne (au Portugal et en Espagne) et trouvèrent refuge dans les cités tunisiennes.

Plus tard, et plus précisément après la Chute de l’Empire Ottoman, la Tunisie été devenue un protectorat français. On doit au Baron d’Erlanger d’importants travaux de recherche qui ont révolutionné les études musicales. Il a d’ailleurs été présent lors du Congrès International de Musique Arabe de 1932 qui a inspiré la création de la Rachidia. 

La Rachidia est sans doute la référence la plus marquante de l’histoire moderne du genre. Elle a permis au Malouf de ne plus juste être interprété par les groupes folkloriques locaux mais d’être présenté au public par un orchestre complet sous forme de pièces symphoniques inspirées par les classiques occidentaux et les ensembles égyptiens. 

Dans cette perspective, pour préserver les noubas, les annoter et les archiver, des spécialistes ont oeuvré inlassablement pour populariser le malouf et le transmettre au public sous une forme épurée.  

L’Indépendance a été une période prolifique au changement : le président Habib Bourguiba a tenu à promouvoir le malouf, reconnaissant son potentiel unificateur. Durant la même période, le directeur de la Rachidia, feu Salah El Mahdi, avait pris en charge le département musical du Ministère des Affaires Culturelles. On notera que ses théories musicales ont été fondamentales à la continuité de cette institution prestigieuse et ont contribué à la naissance de l’Institut Supérieur de Musique. 

Tags

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page
Fermer